Mon P’pa, l’Électron Libre (L'homme-diesel et l'enfant-vent) Mon père n’était pas un homme de dentelle. C’était un moteur-diesel, un de ceux qui toussent au démarrage dans le froid du petit matin, crachant une fumée bleue de tabac gris et de silences de plomb. Il avait le goût du fer dans les artères et des mains qui ressemblaient à des racines noueuses, capables de réparer une fuite d'eau ou de briser un espoir d'une seule phrase un peu trop courte. Il n'était pas un électron libre par choix, mais par nature : il ne tournait autour d'aucun noyau, si ce n'est celui de sa propre solitude. Moi, l'enfant-vent, je tournais autour de ce bloc de fonte, essayant de comprendre comment on devient un homme sans devenir une machine. J'ai appris l'électricité en regardant ses colères faire sauter les plombs de la cuisine. J'ai appris la mécanique en observant comment il raboutait sa dignité avec des bouts de fil de fer. De lui, j'ai gardé ce besoin de réparer ce qui est cassé. Sauf que lui réparait les moteurs, et moi, je tente de recoudre les âmes avec des peaux d'oranges. 2 Le Bambin Cosmicologue et l’Équation du Chaos À l'école, on m'appelait le — Le — le rien du tout, on ne m’appelait pas. Peut_être que je faisais un peu peur, ou que, trop silencieux, les autres pensaient que je n’avaient rien à dire. Pourtant, je jubilais en apnée ! On aurait pu me dire dyslexique, quand j’étais seulement dyslexiste ! Je ne confondais pas les lettres, je les libérais. Pour moi, le "B" était un Ver mais