Dans la vallée de l’Ourthe, à la fin du XIXᵉ siècle, rien ne semblait plus solide que la pierre… sauf peut-être les histoires que les hommes se racontaient pour continuer à vivre en son sein. Pierre Chevron n’avait jamais vraiment quitté les cailloux. D’abord ouvrier sur la ligne du chemin de fer, il avait appris à dompter les talus, à forcer les rochers, à ouvrir la vallée comme on ouvre une blessure pour y faire passer le progrès. Puis il est devenu tailleur de pierre, comme si la matière elle-même l’avait rappelé à elle, inscrite en lui comme gravée dans son prénom. Il partageait sa vie avec Marie Lambert, une bergère. Elle, elle connaissait le rythme lent des saisons et le silence des hauteurs. Lui, il connaissait les bruits secs des éclats de roche. Ensemble, ils ont bâti une petite ferme entre deux mondes : celui qui creuse et celle qui attend. Elle ne parlait pas beaucoup. Les moutons l’accompagnaient comme une pensée lente. Elle grimpait patiemment le raidillon Du Pierreux, et, là-haut, où les herbes résistaient au vent, Marie embrassait le silence singulier et semblait converser avec la noble terre. C’est pour Pierre qu’elle s’arrêtait là, Ou plutôt pour sa santé et cette toux râpeuse, qui s’accrochait aux phrases comme la poussière aux vêtements. Il disait que ce n’était rien. Que les carrières faisaient ça. Que la pierre se payait un peu dans les poumons, mais que c’était le prix du labeur. Marie, elle, ne croyait plus au juste prix ... Mehr sehen