La cité et ses ombres. Construire une société juste20 merait les choses qu’il voyait auparavant plus vraies que celles qui lui seraient maintenant montrées ? — Beaucoup plus, affirma-t-il. — Et si on le forçait à regarder vers la lumière elle-même7, ses yeux ne souffriraient-ils pas, et ne fuirait-il pas en se détournant vers ces choses qu’il est capable de dis- cerner8 ? Ne croirait-il pas que celles-ci sont en réalité plus claires que celles qu’on serait à lui montrer mainte- nant9 ? — Il agirait de la sorte, affirma-t-il. — Et si de là, repris-je, quelqu’un le traînait de force le long de la montée rude et escarpée et ne le relâchait pas avant de l’avoir entraîné à l’extérieur, à la lumière du soleil, ne souffrirait-il pas et ne s’irriterait-il pas d’être traîné ainsi ? Et une fois arrivé à la lumière, dont l’éclat lui remplirait les yeux, ne serait-il pas incapable de voir la moindre des choses dites vraies à présent ? — Il ne le pourrait pas, affirma-t-il, du moins pas sur le coup. — C’est qu’il aurait besoin de s’habituer, je crois, avant d’en venir à voir les choses d’en haut. Tout d’abord, ce sont les ombres qu’il pourrait discerner le plus facile- ment. Après ça, sur l’eau, les images des humains et des autres choses ; et seulement plus tard les choses elles- mêmes. À partir de là, il pourrait contempler de nuit les choses dans le ciel et le ciel lui-même – en portant son regard vers la lumière des astres et de la Lune – plus 7. Vers la lumière du feu, qui est à Mehr sehen