Julie glissa. Ses pieds, trempés et recouverts de boue, perdirent leur appui sur la roche rendue traîtresse par la pluie battante. Son cœur fit un bond. Elle sentit la paroi froide sous ses doigts qui, instinctivement, cherchèrent une prise désespérée. Son corps bascula un instant, le vide l'aspirant. Un cri étranglé s'échappa de sa gorge. « Aïe… » murmura-t-elle, une douleur fulgurante irradiant de son poignet gauche, heurté violemment contre un pic rocheux. Elle serra les dents. Ce n'était pas la première fois que cela arrivait, mais cette fois, la douleur était plus vive, plus insistante. Elle lui rappelait autre chose. Une autre douleur. Le vent hurlait, non plus seulement autour d’elle, mais en elle. Une rafale glaciale la frappa, la déstabilisant à nouveau. Elle ferma les yeux, agrippée au rocher, le souffle court. Et alors, le monde vacilla. Ce n’était plus son poignet qu’elle sentait, mais un autre bras, une autre chute. (SCÈNE 2 : LE PASSÉ – LA DERNIÈRE ASCENSION DE GRAND-PÈRE) Devant ses yeux clos, le paysage changea, se couvrant d’une neige fine et tourbillonnante. L’image était floue au début, puis d’une clarté effrayante. C’était Papy, bien plus jeune, le visage marqué par l’effort mais le regard ardent. Il était sur cette même montagne, l'Aiguille-Bleue, mais dans des conditions bien pires. Une tempête soudaine s’était levée, piégeant sa cordée. Le temps semblait ralentir. Julie était là, voyant à travers les yeux de l'observateur invisible qu'elle était dans Mehr sehen